Du Casset au Glacier d’Arsine

Le sentier de grande randonnée GR54, qui fait le tour du massif des Écrins, est sans aucun doute, avec le GR20 en Corse, l’un des GRs de France qui offre une multitude de panoramas d’exception. Long de 176 km et totalisant un dénivelé positif de 12 000 mètres, il s’effectue normalement en une dizaine de jours à un rythme plutôt soutenu (8 à 10 heures de marche par jour). De tous les paysages qu’il traverse, de nombreux randonneurs s’accordent à dire qu’un des plus beaux passages est la partie qui relie le petit village du Casset au Glacier d’Arsine. Cette seule randonnée s’effectue en 6h aller-retour et le dénivelé positif atteint 1000 mètres.

Mes grands-parents m’ont emmené la première fois sur des chemins de randonnée en montagne lorsque j’avais 11 ou 12 ans. J’ai très souvent suivi leurs pas sans observer les paysages, bien plus occupé à bouder un bonheur qui ne m’atteignait pas. J’avoue qu’à cet âge, alors que la plupart de mes amis passaient leurs vacances en bord de mer, à jouer, bronzer et faire la sieste sur une plage bondée de monde, je n’étais pas particulièrement fan des randos. Pourtant, à de très rares occasions, il m’est arrivé d’apprécier certaines marches car la beauté des panoramas était tellement grande qu’elle m’incitait à marcher davantage pour découvrir ce qui se cachait derrière le prochain virage ou le prochain flanc de montagne. La randonnée que je m’apprête à décrire fait partie de celles-ci. Je suis retourné à Briançon en 2011, 2014 et 2016 et je ne la manque jamais. J’y étais cette année avec mon fils de 10 ans qui l’a faite pour la seconde fois, je passe donc le flambeau !

Le départ s’effectue donc au Casset, de préférence très tôt le matin pour éviter l’affluence quotidienne. En arrivant cette année un peu avant 8h, j’ai pu constater qu’il s’agit de l’heure idéale pour débuter l’ascension et profiter du Lac de la Douche exempt de monde (en milieu de journée, ne vous étonnez pas de vous retrouver à plus d’une centaine de personnes autour de ce lac !). Il faut se garer à l’entrée du village sur un parking assez grand puis traverser le village jusqu’au second pont qui enjambe la Guisane.

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Une fois le pont traversé, nous longeons le Petit Tabuc, un torrent à la couleur turquoise et laiteuse, caractéristique de certains lacs glaciaires et en particulier du lac d’Arsine d’où il prend sa source. Les papillons s’activent déjà autour des multiples flaques d’eau qui jonchent le chemin. 1 km plus loin il faut traverser un nouveau pont au dessus du Petit Tabuc puis s’enfoncer dans une agréable forêt de pins. Le profil du terrain s’accentue légèrement et quelques centaines de mètres plus loin, nous entrons véritablement dans le Parc National des Écrins.

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Une demi-heure plus tard, nous sortons de la forêt et le Lac de la Douche s’offre à nous dans une quiétude absolue. Juste avant d’arriver au lac, je jette un coup d’œil sur ma gauche pour regarder avec une pointe de tristesse le Glacier du Casset qui n’en finit pas de reculer chaque année. En comparant 2 photos prises à 5 ans d’intervalle, la différence est flagrante :

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En été, le Lac de la Douche est très prisé des familles qui y viennent au moment du déjeuner et il difficile de trouver une place autour de l’eau pour pique-niquer après 13h. Mais à 9h, c’est parfait !

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Les choses sérieuses débutent car le profil du terrain change brutalement après le lac. La montée s’effectue sur une pente relativement soutenue, caillouteuse, et totalement exposée au soleil. Ce qui n’est pas un problème de bon matin peut devenir pesant avec un soleil de 14h. Quelques heures plus tard, à la descente, nous croiserons d’ailleurs plusieurs personnes visiblement affectées par cette montée et la chaleur de l’été. La piste débouche ensuite sur un très joli vallon au fond duquel le Petit Tabuc s’écoule vivement. Le chemin suit de près le torrent et la pente à cet endroit est quasi nulle. Un peu plus loin nous croisons de multiples petits lacs turquoise aux formes variées, c’est sans doute la partie la plus agréable de la balade. Il n’est pas rare d’y croiser des troupeaux de moutons et de nombreux randonneurs s’y arrêtent pour déjeuner dans un cadre apaisant et verdoyant. Ce ne sera pas mon cas puisqu’il est encore bien trop tôt pour penser au pique-nique. Je prends par contre le temps de profiter du paysage et faire quelques photos, cet endroit est magique…

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À cette altitude vous entrez également sur le territoire des marmottes ! Il suffit de regarder aux abords du chemin les très nombreux trous pour s’en convaincre. Cet animal se rencontre fréquemment dans les Écrins, et il est quasiment impossible de faire cette marche sans les croiser ou les entendre siffler. Je n’avais emporté cette année qu’un grand angle et elles étaient bien trop éloignées pour leur tirer le portrait, mais plusieurs se doraient la pilule à quelques dizaines de mètres du chemin. J’avais eu la chance en 2014 de tomber nez-à-nez avec une grosse marmotte imperturbable qui était restée quelques minutes à flâner sur le chemin de randonnée avant de retourner à son occupation préférée (manger pour prendre du poids avant l’hiver), c’est toujours un chouette moment de les voir de si près. À ce propos, si vous passez dans le coin de Briançon et que vous souhaitez en voir de très près, vous pouvez vous rendre à Eygliers où se trouve le Sentier des Marmottes. Une quinzaine de ces rongeurs sont habitués à la présence humaine et il est possible de les observer de très près ! Par contre, même si c’est tentant et que certains badauds ne respectent pas la règle, il est important pour leur bien-être de ne pas les nourrir ni de les toucher. De toute façon, en patientant un peu, elles viennent à vous naturellement par simple curiosité…

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Notre balade se poursuit avec une petite grimpette et le sentier débouche sur le Col d’Arsine (2340 m). De nombreux rochers jonchent un sol végétal et c’est encore un très bel endroit pour déjeuner. Il est 11h, je mangerai mon sandwich au glacier. Le GR54 se poursuit vers l’Alpe-du-Villar-d’Arène mais je le quitte à cet endroit pour monter vers le Glacier d’Arsine qui se trouve sur ma gauche. Il s’agit de la dernière montée qui s’effectue en une vingtaine de minutes. Arrivé au terme de cette randonnée, le paysage est toujours aussi particulier. Le Glacier d’Arsine s’arrête brutalement au niveau du lac éponyme à la couleur turquoise, encerclé par les moraines minérales du glacier. Plus rien ne pousse à cet endroit, le contraste est saisissant par rapport à tout ce que nous venons de traverser. Je choisis de déjeuner dans ce désert calme de roches et de glace. J’y reste une trentaine de minutes, le temps de prendre quelques photos et de vérifier le contenu d’une géocache, puis je me remets en route.

Glacier d'Arsine

Lors de la descente, le sentier n’est plus du tout déserté et le Lac de la Douche est surpeuplé. Nous finirons cette belle randonnée vers 14h, bien content pour ma part de siroter une bière les pieds à l’air libre une fois revenus au camping. En attendant l’année prochaine ou la suivante pour y retourner…

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